LA CHRONIQUE : Et si l'opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine était le prélude à une troisième guerre mondiale économique meurtrière?

Par Félicité VINCENT

L’industrialisation de la Chine socialiste en ligne de mire, les États-Unis s’appliquent à faire tomber un nouveau rideau de fer. Dans ce braconnage, la première victime, c'est l’Europe qui doit renoncer à de fructueuses relations économiques à l’Est au profit des importations de l’Oncle Sam. C'est du pain béni  pour le portefeuille de l’Oncle Sam. Une mauvaise nouvelle pour la balance commerciale de l’Europe et sa monnaie qui s'appelle l'€uro.

 

Mes chers Lecteurs, il est maintenant très clair à présent que l’actuelle escalade de la nouvelle guerre froide a été planifiée il y a plus d’un an. Cette stratégie a été bien élaborée à travers les visées de l’Oncle Sam pour bloquer Nord Stream 2 et empêcher l’Europe occidentale (« OTAN ») de chercher la prospérité à travers le commerce et des investissements mutuels avec la Chine et la Russie.

Comme l’ont annoncé le président Biden et les rapports sur la sécurité nationale des États-Unis, la Chine est considérée comme l’ennemi principal. Elle a pourtant été le Vassal qui a joué un rôle utile pour le Suzerain. Et pourtant elle a en effet permis aux entreprises de l'Oncle Sam de faire baisser les salaires en désindustrialisant leur économie au profit de l’industrialisation de Beijing. Mince !  La croissance de la Chine est reconnue comme l’Ultime Menace. Avec sa vision : la prospérité par le socialisme. L’industrialisation socialiste a toujours été perçue comme le grand ennemi de l’économie néolibérale rentière qui s’est emparée de la plupart des nations au cours du siècle qui a suivi la fin de la Première Guerre mondiale, surtout depuis les années 1980. Nous voyons aujourd’hui comme résultat un choc des systèmes économiques : industrialisation socialiste contre capitalisme financier néolibéral qui Broye les peuples.

Ainsi donc la nouvelle guerre froide contre la Chine prend implicitement des allures de prélude à une troisième guerre mondiale de longue haleine. La stratégie de l'Oncle Sam consiste alors à éloigner le plus possible les alliés économiques de la Chine, notamment la Russie, l’Asie centrale, l’Asie du Sud et l’Asie de l’Est. La question des stratèges était de savoir par où commencer le dépeçage et l’isolement de la Russie ?

Comme la Russie présentait la plus grande opportunité pour commencer son isolement, à la fois de la Chine et de la zone euro de l’Otan. Une pluie de sanctions de plus en plus sévères – et, si possible, létales – contre la Russie a été élaborée pour empêcher l’OTAN de commercer avec elle. Voici l'armada de tout ce qu’il fallait pour déclencher le tremblement de terre géopolitique était un casus belli.

C'est avec une facilité que c'est fait. Cette attaque de la nouvelle guerre froide aurait pu être déclenchée au Proche-Orient, l'Oncle Sam  rencontre de la résistance très forte  pour s'accaparer les champs pétrolifères irakiens; ou contre l’Iran et les pays qui l’aident à survivre économiquement; ou encore en Afrique de l’Est. Des plans de coups d’État, de révolutions colorées et de changements de régime ont été élaborés pour toutes ces régions. Et l’armée de l'Oncle Sam en Afrique, elle s’est constituée particulièrement vite au cours des deux dernières années. Depuis le coup d’État de Maïdan en 2014, l’Ukraine a été soumise à une guerre civile soutenue par les États-Unis pendant huit ans de massacre par les groupes Néonazis. En offrant ainsi la possibilité de la première grande victoire dans cette confrontation contre la Chine, la Russie et leurs alliés.

Les régions russophones de Donetsk et de Louhansk ont donc été bombardées avec une intensité inouïe de massacre. La Russie s’abstenait de répondre directement, aux plans qu'auraient été élaborés pour qu’une grande épreuve de force débute fin février – en commençant par une attaque éclair de l’Ukraine occidentale, une attaque organisée par des conseillers US et armée par l’OTAN.

L'opération militaire spéciale de la Russie pour défendre préventivement les deux provinces de l’Est de l’Ukraine et pour détruire militairement l’armée, la marine et l’aviation ukrainienne au cours des deux derniers mois, la Russie a alors offert le prétexte à l'Oncle Sam de commencer à imposer le programme de sanctions qui avait été conçu et que nous voyons se dérouler sur nos yeux aujourd’hui. L’Europe occidentale a consciencieusement suivi le mouvement sans broncher.

Ainsi donc, au lieu d’acheter du gaz, du pétrole et des céréales russes, l'Europe va acheter aux États-Unis, tout en augmentant fortement ses importations d’armes de guerre.

A la clé une baisse prévisible et inévitable du taux de change euro/dollar

Il convient donc d’examiner comment cette situation est susceptible d’affecter la balance des paiements de l’Europe occidentale et dans la foulée, le taux de change de l’euro par rapport au dollar.

Avant la foudre des sanctions illégales qui ne respectent pas le droit sur le commerce international, le commerce et les investissements européens promettaient une prospérité mutuelle croissante entre l’Allemagne, la France et les autres pays de l’OTAN vis-à-vis de la Russie et de la Chine. Nous voyons très bien que la Russie fournissait une énergie abondante à un prix compétitif, et cette énergie devait faire un bond en avant avec Nord Stream 2. L’union Européenne devait gagner  d'avantage les devises étrangères nécessaires pour payer ce commerce d’importation croissant en exportant davantage de produits industriels vers la Russie et en investissant des capitaux dans le développement de l’économie russe, notamment à travers des entreprises automobiles allemandes et des investissements financiers. Cette dynamique du commerce et ces investissements bilatéraux sont aujourd’hui interrompus avec un grand hold-up du siècle. Et ils le resteront pendant de très nombreuses années si l’on tient compte le braquage du siècle  par l’Otan des réserves de change de la Russie en euros et en livre sterling d’une part, et de la russophobie européenne alimentée par les médias de propagande pro Oncle Sam d’autre part.

C'est pour cela que les pays de l’OTAN vont acheter du gaz liquéfié américain. La vérité  qu'ils vont dépenser des milliards de dollars pour construire une capacité portuaire adaptée, ce qui pourrait être atteint seulement en 2024. (D'ici là, on fait comment ?). La pénurie d’énergie entraînera une forte hausse des prix mondiaux du gaz et du pétrole. Certains pays de l’OTAN vont également intensifier leurs achats d’armes auprès du complexe militaro-industriel de l'Oncle Sam. Ces achats quasi anxiogène feront également augmenter le prix des armes. Enfin, les prix des denrées alimentaires augmenteront eux aussi en raison des pénuries désespérées de céréales résultant de l’arrêt des importations en provenance de Russie et d’Ukraine d’une part, et de la pénurie d’engrais ammoniacaux fabriqués à partir du gaz d’autre part.

 

La vérité  est que ces trois dynamiques commerciales renforcent le dollar par rapport à l’euro. Posons la bonne la question pour  savoir comment l’Europe équilibrera ses paiements internationaux avec les États-Unis. Qu’a-t-elle à exporter que l’économie américaine acceptera, alors que ses propres intérêts protectionnistes gagnent en influence tandis que le libre-échange mondial est en train de mourir rapidement ?

La réponse de mon fils est : vraiment pas grand-chose. Ma question l'Europe en jambe de cautère que va t-il faire  ?

En tant que franco gabonaise j'ai une petite modeste proposition. Maintenant que l'Europe commence à ressembler davantage au Panama et au Liberia, l’Europe a pratiquement cessé d’être un État politiquement indépendant. Ce sont des centres bancaires offshore qualifiés de « pavillon de complaisance ». Ce ne sont pas de véritables « États », car ils n’émettent pas leur propre monnaie, ils utilisent le dollar américain. Cette zone euro a été créée avec des guillotines monétaires qui limitent sa capacité à créer de l’argent à dépenser dans l’économie au-delà de la limite de 3 % du PIB. Pourquoi  tant qu'à faire  ne pas simplement jeter l’éponge financière de l'€uro et adopter le dollar américain, comme l’Équateur, la Somalie ou encore l’archipel Turques-et-Caïques ? Cela donnerait aux investisseurs étrangers une sécurité contre la dépréciation monétaire dans leurs échanges croissants avec l’Europe et le financement de ses exportations.

L’autre option pour l’Europe vassalisé, c’est de voir le coût en dollars de sa dette extérieure exploser alors qu’elle devra financer un déficit commercial croissant avec l'oncle Sam pour importer le pétrole, les armes et les denrées alimentaires. L'inflation  du coût en euros sera d’autant plus élevé que la devise baisse par rapport au dollar. Les taux d’intérêt augmenteront, ralentissant les investissements et rendant l’Europe encore plus dépendante des importations. La zone euro se transformera en une zone économique  d'avorton mort-née.

Pour l'Oncle Sam, ce sera une hégémonie de suprématie du dollar sous stéroïdes, du moins vis-à-vis de l’avorton qui s'appelle l'Europe. Le  vieux continent deviendrait ainsi une version un peu plus grande de Porto Rico.

Le dollar face aux monnaies des pays du Sud

Cette nouvelle guerre froide prend des accents de troisième guerre mondiale avec  « l'opération militaire spéciale en Ukraine » en prélude. Cette nouvelle guerre froide va durer au moins une décennie, voir même deux. Car l'Oncle Sam étendent cette guerre  absurde entre néolibéralisme et socialisme à un conflit mondial. Outre la conquête économique de l’Europe par l'Oncle Sam, les stratèges états-uniens cherchent à verrouiller les pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie selon des modalités similaires à celles prévues pour l’Europe, afin d'isoler la Russie et la Chine.

La forte hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires frappera durement les économies à déficit alimentaire et pétrolier – au moment même où leurs dettes étrangères libellées en dollars envers les détenteurs d’obligations et les banques arrivent à échéance et où le taux de change du dollar augmente par rapport à leur propre monnaie. Le machiavélisme est  de pousser de nombreux pays d’Afrique et d’Amérique latine – en particulier d’Afrique du Nord – doivent choisir entre souffrir de la faim, réduire leur consommation d’essence et d’électricité ou emprunter les dollars nécessaires pour couvrir leur dépendance à l’égard des échanges commerciaux avec les États-Unis.

Ainsi dont qu'il a est question que le FMI émette de nouveaux DTS (droits de tirage spécial) pour financer les déficits croissants des échanges et des paiements. Mais un tel crédit est toujours assorti de conditions à l'encontre des pays vassalisés. Le FMI a sa propre politique de sanction à l’égard des pays qui n’obéissent pas à la politique de l'Oncle Sam. La première exigence de la dictature de l'Oncle Sam sera que pour ces pays qu'ils boycottent la Russie, la Chine et leur alliance émergente d’entraide commerciale et monétaire. «Le chantage consiste en résumer à une seule question pourquoi devrions nous vous donner des DTS ou vous accorder de nouveaux prêts en dollars, si vous allez simplement les dépenser en Russie, en Chine et dans d’autres pays que nous avons déclarés ennemis », demanderont les responsables Etats-uniens.

Voici le chantage d'affection qui est prévu. Je ne serais pas surpris de voir un pays africain devenir la proie comme en « prochaine Ukraine ». Les partisans et autres mercenaires djihadistes ne manquent pas. Des troupes de l'ONU mandatées par les L'Oncle Sam pourraient combattre les armées régulières et en tuant les populations comme en Ukraine des pays qui cherchent à se nourrir avec des céréales provenant de fermes russes ou qui veulent alimenter leurs économies avec du pétrole et du gaz provenant de puits russes. Chut ! Ne parlons même pas de participer au projet chinois des Nouvelles Routes de la Soie, un élément déclencheur de l'ire de la nouvelle guerre des États-Unis pour asseoir leur suprématie et leur hégémonie néolibérale à travers le monde entier.

L’économie mondiale.

L’économie mondiale est en train de se cramer sa caisse. L'Oncle Sam s'est bien préparé à une réponse militaire d'envergure. Ils  sont bien  également préparés à instrumentaliser leur propre commerce d’exportation de pétrole, d’agriculture et d’armes pour presser les pays du monde de savoir quel côté du nouveau rideau de fer ils souhaitent rejoindre comme pendant la guerre froid.

La bonne question qu’est-ce que tout cela va apporter à l’Europe ? L'immense majorité des syndicats grecs manifestent depuis contre les sanctions imposées. Et tout récemment en Hongrie, le Premier ministre Viktor Orban vient d’être élu par son peuple sur la base d’une vision du monde fondamentalement anti-européenne et anti-américaine, qui se traduit déjà par le paiement du gaz russe en roubles. Et qui d'autres  pays vont rompre les rangs – et combien de temps cela prend a-t-il ?

Qu’est-ce que tout cela va apporter aux pays du Sud? Ils sont déjà éprouvés, pas seulement comme « victimes collatérales » des pénuries et de la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires. Mais en tant que cibles de la stratégie orchestrée par l'Oncle Sam qui inaugure la grande division de l’économie mondiale en deux.  L’Inde a déjà confirmé aux diplomates étasuniens que son économie est naturellement liée à celles de la Russie et de la Chine et qu'il ne changera pas de cap.

Pour les États-Unis, il suffit de répondre à la question suivante : « Qu’est-ce que tout cela va apporter aux politiciens locaux et aux oligarchies clientes que nous récompensons pour avoir livré leur pays ? »

C’est pourquoi  la troisième guerre mondiale qui s’annonce est une véritable guerre des systèmes économiques. Quel camp les pays vassalisé  choisiront-ils ?  Leur propre intérêt économique et leur cohésion sociale, ou la diplomatie états-unienne mise entre les mains de leurs dirigeants politiques? Cette diplomatie états-unienne va de pair avec une ingérence du type des 5 milliards de dollars que la secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland s’est vantée d’avoir investis dans les partis néonazis ukrainiens il y a huit ans pour déclencher les combats qui ont donné lieu à la guerre d’aujourd’hui.

Face à toutes ces ingérences politiques agressives et à cette propagande médiatique à coût de milliards, combien de temps aura-t-il au reste du monde pour se rendre compte qu’une guerre globale est en cours et qu’elle se transforme en troisième guerre mondiale meurtrière en coût humain  et d'infrastructures ? Voici le vrai problème: le temps que le reste du monde comprenne ce qui se passe, la fracture mondiale aura déjà permis à la Russie, à la Chine et à l’Eurasie de créer un véritable Nouvel Ordre mondial non-néolibéral, un nouvel ordre qui n’a pas besoin des pays de l’Otan et qui a perdu tout espoir d’engranger des gains économiques mutuels avec eux. Le champ de bataille de cette guerre globale meurtrière sera jonché de cadavres économiques.

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